Sep
24th
Fri
24th
Il entre dans la pièce, va, vient, fait mine de sortir, assoit une fesse sur un bureau, cherche son portable, commente une photo sur un mur, se raconte, raconte sa soirée, son voisin de table, sa gardienne d’immeuble, leur prêtant des aventures supposées (scélérates ou voluptueuses). Il y a du Mercutio chez Fabrice Luchini. Il rit lui-même des inventions comiques qui se succèdent sur le guignol charmant de son imagination scénique. Parfois, il s’écarte brusquement de son interlocuteur incapable de réfréner un sourire un peu béat: « Regarde-le en train de se marrer… » Puis, feignant de s’étonner de son effet comique : « Tu trouves ça drôle, vraiment ? » La conversation, que dis-je? le monologue, reprend. C’est un tourbillon, une tornade, un ouragan. A chaque instant, il cite un éclair de Cioran, un vers de Baudelaire, une page de Flaubert, une vacherie de Céline, sans aucune affectation, comme un simple prolongement de la causerie. Ce magicien des mots à la mémoire inouïe parle - vite et fort - par allusions transparentes qui se rejoignent pour dessiner une forme logique. Il vole, tel un oiseau rare, à la cime des idées et des formules, faisant du verbe un jeu magnifique. Parfois, il lâche des propos à faire rougir un homard : il fait partie de ces gens qui peuvent dire agréablement des choses inconvenantes. On est là comme au spectacle. Inutile de chercher à l’interrompre. Il reprend toujours son fil, tel un cordier de village, et tire dessus tant qu’il peut, déroulant frénétiquement un rouleau de langage qui semble sans fin.
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Le Figaro - Théâtre : Fabrice Luchini, l’esprit libre
Ce que j’appelle une intro parfaite !